André Stern « Ecologie de l’enfance : pour que refleurisse la confiance en l’enfant »

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Biographie

Né en 1971, fils du chercheur et pédagogue Arno Stern, André Stern a grandi en dehors de toute scolarisation : il raconte son expérience lors de nombreux workshops et conférences et dans ses livres (chez Actes Sud : » et je ne suis jamais allé à l’école » – 2011) et chez l’Instant présent : « Semeurs d’enthousiasme – manifeste pour une écologie de l’enfance » – 2014). Marié, père d’un petit garçon, André Stern est musicien, compositeur, luthier, conférencier, journaliste et auteur. Il a été nommé Directeur de l’Initiative « des hommes pour demain » par le Prof. Dr Gerald Hüther, chercheur en neurobiologie avancée. Il est initiateur des mouvements « écologie de l’éducation » et « écologie de l’enfance », et Directeur de l’Institut Arno Stern (Laboratoire d’observation et de préservation des dispositions spontanées de l’enfant).

Il est l’un des protagonistes dans « Alphabet », le nouveau film du cinéaste autrichien Erwin Wagenhofer (« We feed the world » et « Let’s make money ») et co-auteur du livre éponyme (éditions Ecowin – 2013)

Son travail dans les médias, ses activités de conférencier dans les universités, auprès des professionnels de l’éducation et du grand public répondent à un intérêt croissant de la part de tous ceux qui, de près ou de loin, vivent et travaillent avec les enfants.

 La vision d’André Stern

Pour un jeune enfant tout est possible : il sera à la fois conducteur de moissonneuse-batteuse, danseur et pizzaiolo, toutes ces personnes qu’il a rencontrées et qu’il admire. Lorsque ses adultes de référence le regardent comme limité et imparfait et qu’ils ont peur pour lui, il est écartelé entre ces 2 réalités de lui-même. Celui en lui, qui sait qu’il peut tout devenir, et celui qu’il voit dans le regard des adultes. Ne pouvant remettre en cause la vision de l’adulte, et aucun enfant ne le peut, il va considérer qu’il y a quelque chose qui ne va pas avec lui et conclure que sa perception de lui-même est fausse. Il va donc ramener la vision de lui-même à quelque chose de limité et faire siennes les peurs de ses parents. C’est un processus douloureux pour l’enfant (les circuits neuronaux de la douleur sont activés).

 Ce qui lui a donné confiance en lui

André Stern attribue sa confiance en lui à l’immense chance de n’avoir jamais été noté, comparé, évalué, jugé et donc rien ne lui a jamais donné l’impression qu’il pouvait être « insuffisant ». Il a donc continué à croire qu’il pouvait tout faire et à le faire au fur et à mesure que les portes s’ouvraient devant lui. Alors qu’il avait posté des commentaires sur un blog de guitare classique, les régulateurs lui ont demandé de faire des articles pour la revue. Puis on lui a proposé d’entrer au comité de rédaction et de fil en aiguille il est devenu directeur de la rédaction.

Pour lui cela n’a rien d’extraordinaire ; toute personne placée dans la même situation vit cette expérience.

 Ce qui lui donne tellement confiance dans l’enfant

1. L’enfant est équipé d’un programme d’apprentissage le plus performant qui soit : le jeu. Il n’existe aucune méthode qui soit plus efficace que le jeu pour acquérir des compétences. C’est un espace où on peut recommencer à l’infini sans courir aucun risque comme un simulateur de vol sur lequel s’entraînent les pilotes. C’est une interface entre la fantaisie et la réalité. L’enfant alterne les phases d’accumulation d’information et les phases de jeu qui lui permettent d’intégrer : Après avoir regardé de nombreuses vidéos de fusées, son fils, Antonin va les mettre en scène avec des légos puis en devenant lui-même une fusée. Or, dès qu’on laisse un enfant à lui-même il joue, et si on ne l’interrompt pas il ne cesse pas de jouer. Pour l’enfant apprendre et jouer sont totalement équivalents. Lorsque nous demandons à un enfant d’arrêter de jouer pour aller apprendre c’est aussi incompréhensible pour lui que ça l’est pour vous si on vous demandait de respirer sans prendre d’air ! Nous devons cesser de rabaisser le jeu à quelque chose de futile, juste bon pour se distraire, mais le considérer pour ce qu’il est, c’est à dire la façon la plus efficace d’apprendre. Un enfant qui s’investit dans une activité le fait avec un sérieux et un engagement total. Il est possible que l’enfant recommence une action pendant des heures bien au delà des 45 minutes du séquençage scolaire. j
Lorsqu’à 20 ans il a décidé d’apprendre l’Allemand parce que cela avait du sens pour lui à ce moment là il s’y consacrait 6 heures par jour. Et lorsque enfant il commenca à faire de la guitare il décida de se lever chaque jour à 6 heures pour pouvoir répéter.

 2. L’enfant dispose d’une capacité à s’enthousiasmer (une tempête toute les 3 minutes pour 2 ou 3 par an chez un adulte) qui le met dans les conditions idéales de l’apprentissage : son enthousiasme provoque la production de neuro transmetteurs qui sont un véritable engrais pour la réalisation de nouvelles connexions neuronales. On a cru pendant longtemps que l’intelligence était une disposition génétique et donc que l’on naissait intelligent ou idiot et que des parents idiots donnaient des enfants idiots. Aujourd’hui nous savons que ce n’est pas le cas. La neuro biologie a constaté que par exemple les générations qui utilisent des textos ont la zone du cerveau qui contrôle les pouces beaucoup plus développée que chez les générations précédentes. Cependant la simple sollicitation ne suffit pas. Il est nécessaire de s’enthousiasmer pour ce que l’on fait pour que soient produits les hormones et neurotransmetteurs qui vont permettre de nouvelles connexions neuronales et donc de nouveaux apprentissages.

 3. L’enfant n’est touché par aucun « isme » : sexisme, âgisme, racisme, et n’a aucun préjugé. Il va au devant de chacun avec la même ouverture quelque soit son milieux social, son éducation, sa nationalité, son métier et il reçoit de chacun. Nous n’avons donc pas à lui apprendre la « tolérance » mais à veiller à ne pas détruire son ouverture aux autres.

 4. L’enfant a la capacité à aller dans le vaste monde et de le toucher. Voici une anecdote : Son fils Antonin reçut une moissonneuse-batteuse miniature vers ses 3 ans. L’été suivant la famille roulait dans la campagne lorsqu’Antonin en remarqua une en pleine action. Ils s’arrêtent, Antonin s’approche et regarde intensément cette moissonneuse batteuse. Bientôt il ne fait qu’un avec cette moissonneuse qui finit par s’arrêter devant lui : une énorme machine face à un tout petit bonhomme. Le conducteur l’invite, et son père avec, à monter à bord. « Cela fait 5 jours que je moissonne c’est la première fois que quelqu’un me voit » dit–il. Et, sous le regard passionné et admiratif d’Antonin, il veut tout lui montrer. Ca tombe bien : Antonin veut tout savoir. Et 2 heures plus tard lorsque qu’il les redépose il prend des grains dans la trémie et les mettant dans la main d’Antonin déclare fièrement « demain ce sera du pain ; ce que je fais c’est pour nourrir les hommes ». Quelques jours après il appelle pour proposer de prendre Antonin et de s’occuper de lui pendant j une journée : il a un nouveau tablier sur la moissonneuse batteuse et veut lui montrer !

 Sa vision de l’écologie de l’enfance

Nous devons changer le regard que nous portons sur l’enfant et la façon dont nous sommes en relation avec lui.

1. Lorsque nous parlons à l’enfant « de haut » – et il ne suffit pas de se mettre à sa hauteur physiquement pour le considérer comme un égal – nous lui donnons le message « tu es moins que moi ».

2. Lorsque nous parlons à un enfant avec un vocabulaire et un ton « spécial bébé » nous lui envoyons le message « tu ne fais pas partie de notre monde ; un jour, si tu es bien sage, tu pourras en faire partie (il perçoit parfaitement que ce langage lui est réservé et que les adultes ne se parlent pas ainsi entre eux). Nous l’excluons de ce monde auquel il souhaite tant appartenir et l’exclusion est une des choses les plus terribles qui puissent nous arriver.

3. Le traiter avec ironie ou condescendance : nous ne prenons pas au sérieux ses remarques, ses désirs et ses questions et nous y répondant de façon désinvolte. Nous leur offrons des jouets qui ne tiennent pas compte de leur besoin de réalisme : Avez-vous déjà vu une voiture qui sourit et qui a des yeux ? Non, jamais.

4. Les enfants n’ont pas besoin que l’on fixe des règles pour eux : ils comprennent d’eux-mêmes qu’ils ne doivent pas traverser au feu rouge et nous pouvons leur dire que s’ils touchent le tison ils vont se brûler et avoir mal mais nous n’avons pas besoin de leur interdire de toucher. Si les informations que nous leur donnons sont fiables, ils vont en tenir compte.

 5. Les enfants n’ont pas besoin d’être toujours avec des enfants de leur âge. Ils ont besoin d’être en contact avec la diversité du monde : des jeunes, des moins jeunes et des vieux, chacun lui apportant et réciproquement des choses différentes.

 Ce dont André Stern parle c’est d’un Projet. L’optimisation de notre système éducatif n’est plus possible ; des changements radicaux sont nécessaires. Nous devons voir le génie potentiel en chaque enfant et donc en chaque adulte. Nous devons nous enthousiasmer !

 Nous n’aurons pas la paix sur terre tant que nous ne serons pas en paix avec les enfants.

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