L’art du toucher

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Le sens du toucher est notre premier mode de communication (dès la 8e semaine de gestation) et le dernier à subsister en fin de vie.

Son importance est primordiale à tous les stades de la vie, et tout particulièrement pour le nouveau-né. Pour comprendre ses besoins, il faut considérer que la véritable durée de gestation est en fait de 18 mois, 9 mois dans le ventre de la mère (ceci est assez connu !), et 9 mois à l’extérieur dans la dyade mère-enfant (cela l’est beaucoup moins…).
Durant cette période, l’embryon puis le bébé se vit comme unifié au monde qui l‘entoure. L’haptonomie est la science du toucher affectif (cf le livre de Franz Veldman). Elle permet aux futurs parents d’entrer
en contact avec leur bébé, en touchant le ventre de la mère. Un dialogue par le toucher peut déjà s’établir, permettant aussi au père de s’investir.
Au cours de la naissance, les contractions utérines du travail représentent, outre leur fonction vitale, des séries de stimulations brèves et intermittentes calculées pour activer les systèmes vitaux et assurer leur fonctionement postnatal.
Les bébés prématurés présentent souvent des problèmes de comportement, et les prématurés nés par césarienne ont un taux demortalité 3 fois plus élevé.

Pendant la période d’allaitement, le bébé découvre le corps de sa mère (cf le stade oral en psychanalyse) avec ses lèvres, avec ses mains… au cours des soins qui lui sont donnés : toilette, bains, massages (quand il a la chance d’en recevoir !…)… il acquiert peu à peu son schéma corporel, développe sa sensorialité, et se prépare ainsi à devenir plus tard une mère ou un père tendre, ayant le sens du contact.

Dans son livre « La Peau et le Toucher », Ashley Montagu écrit : « les réactions de la mère devant son nouveau-né dépendent en grande partie de son expérience en tant que bébé, puis comme enfant, et, dans une moindre mesure, de son éducation et de sa maturité ». Si la mère n’a pas acquit ce qu’est un comportement maternel, soit en le vivant en tant que bébé, soit par apprentissage, elle se révèlera probablement maladroite et mettra en danger la survie de son enfant.

Le psychanalyste et pédiatre Donald Winnicott a mis en évidence le rôle de contenant de la mère, qui fait référence au holding, besoin vital d’être tenu, contenu, soutenu, pour le petit bébé, mais aussi pour l’adulte que nous sommes.

En Afrique, en Asie, en Indonésie, et chez les Esquimaux, ce besoin primordial de contact du bébé est véritablement pris en compte, puisqu’on peut observer qu’il reste en contact permanent avec sa mère, peau contre peau, ou qu’il est pris dans les bras d’un autre adulte, mais qu’il n’est pas laissé seul avant qu’il soit en âge de marcher.

Á l’autre extrême dans la diversité entre les peuples en matière de toucher, on trouve les USA, où l’enfant et sa mère sont tous les deux vêtus, même pendant l’allaitement au sein. De ce fait, l’enfant ne connaît de la peau de sa mère que la poitrine, et peut-être quelques caresses à nu, occasionnellement. Dans la position de l’allaitement au biberon, qui est de règle dans cette culture, les stimulations tactiles actives et passives que reçoit l’enfant sont réduites au minimum.
L’attention des bébés américains est distraite de la relation personnelle à sa mère par toutes sortes de jouets. La croyance de base est que le bébé doit apprendre à être tout seul !

Et que donne cette éducation ? Des adultes souvent très individualistes, matérialistes et grand consommateurs (l’argent et le pouvoir sur l’argent peut venir combler un manque de toucher fondamental), qui érigeront en norme absolue une société anti-contacts physiques…

Philippe FRÉQUELIN
Thérapeute psychocorporel

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