Le plus grand thérapeute est en nous !

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Réactiver ses capacités innées d’auto-régulation pour retrouver l’équilibre fondamental

L’être humain possède en lui un très fort instinct vital.

Son rôle est d’abord de construire l’organisme, puis de préserver son bon état de fonctionnement.

Malheureusement, si sa puissance est grande dans l’enfance, elle se retrouve souvent très atrophiée quand arrive l’âge adulte.

Les causes de cet affaiblissement sont multiples ; en premier lieu, l’ignorance des capacités d’autorégulation de l’organisme fait naître l’inquiétude à l’apparition de tout symptôme douloureux, et la recherche d’un remède pour le neutraliser. Or, si certains symptômes révèlent un problème que l’organisme n’est pas – ou plus – capable de surmonter tout seul, et nécessitent de ce fait une intervention extérieure, médicale notamment, d’autres sont le signe que le corps est en train de réagir pour restaurer son équilibre : si l’on connaît généralement le rôle de la fièvre dans la lutte contre une invasion microbienne, on ignore le plus souvent que le rhume survient quand il y a excès de fatigue dans telle ou telle partie du corps, et que son passage permet de la résorber ; de même, on est souvent loin de se douter du rôle des tensions musculaires, des crampes, voire de la tétanie dans la libération de tensions internes ; spasmes, lumbagos et sciatiques participent eux aussi du même effort du corps pour se réguler ; au niveau psychique, larmes, angoisses et déprime peuvent être des moyens pour le corps de se décharger de pressions trop fortes.

On pourrait multiplier les exemples de ces manifestations, certes désagréables, mais qui sont pour l’organisme, à tel moment de son parcours, le meilleur moyen de se réguler. Supprimer ces manifestations, si tant est qu’on y parvienne, n’est pas supprimer le problème qui les a fait naître ; pis encore, le corps, empêché de mettre en œuvre son travail de régulation, cherchera d’autres voies, parfois plus fâcheuses : ainsi, on a pu voir une tension au niveau maxillaire, « supprimée » mécaniquement, dégénérer en hypertension artérielle quelques mois plus tard : la tension qui cherchait à sortir au niveau des mâchoires avait été contrainte de trouver une autre issue.

Cette lutte contre les symptômes « de réajustement » peut, de la même manière, conduire aux maladies chroniques et, plus grave encore, à l’insensibilisation. Le corps n’étant plus capable alors de ressentir les anomalies, l’absence de douleur et de maladies pourra créer une illusion de bonne santé, contredite parfois brutalement par un décès sans aucun signe avant-coureur. Comme le disait un vieil adage : « pour ne pas avoir de grosse maladie, il faut en avoir des petites ».

Un organisme qui a perdu ses capacités originelles de sensibilité et de réactivité aura du mal à maintenir de lui-même son équilibre physique et psychologique, et l’on sera contraint alors de solliciter sans cesse des aides extérieures, pour tenter de compenser tant bien que mal cette apathie.

Cela n’est pas irrémédiable : il est possible de réactiver cette force de survie qui est en chacun de nous, et de refaire le chemin en sens inverse. Cette force qui a été capable de créer un organisme si complexe à partir d’un simple embryon, est aussi capable de réajuster ce qui a été faussé, même si cela remonte à de nombreuses années, voire à la petite enfance.

Pour cela, il faudra accepter de laisser le corps faire son travail, même si cela implique des passages forcément pénibles, physiquement et/ou psychologiquement. On lui accordera même des plages de temps où on l’invitera à agir selon son propre gré, en fait selon ses besoins. C’est ce qu’Itsuo Tsuda nommait séances de « mouvement régénérateur », une pratique un peu singulière dans la mesure où l’on n’y exécute aucun geste ni posture, mais où l’on déconnecte momentanément le système volontaire de l’organisme : autrement dit, on oublie pour un moment ses habitudes corporelles et psychiques, tout ce que l’on sait et tout ce que l’on croit, on ne génère aucun geste, et on laisse s’exprimer ce qui surgit spontanément, dans la tête comme dans le corps. Le système involontaire de l’organisme (« système moteur extra-pyramidal », celui-là même qui fait battre le cœur, déclenche la digestion, expulse les corps étrangers, cicatrise les blessures et ressoude les fractures) libéré alors de toute contrainte, et stimulé par une activation extérieure, va déclencher progressivement, de lui-même, les réactions et mouvements purement involontaires pour régulariser ce qui n’est pas en ordre.

Commencera alors un processus de régularisation profonde qui concernera l’esprit tout autant que le corps. L’organisme retrouvera peu à peu la sensibilité et la réactivité qu’il avait dans sa petite enfance : il sera alors de nouveau capable de détecter les anomalies et de les rectifier.

Le processus de cet auto-réajustement passe par trois étapes :

1. détente : les muscles tendus se relâchent, quittant des habitudes sclérosées ; on peut éprouver une douce lassitude et un besoin de sommeil accru, qu’il faut respecter.

2. hypersensibilisation : ce qui est faussé va se manifester comme tel, d’où l’intensification temporaire de douleurs et symptômes connus, ou la réapparition de symptômes oubliés (douleur à une vertèbre accidentée des années en arrière et qui ne faisait plus mal depuis longtemps, vieille angoisse remontant parfois à l’enfance, comme la peur du noir, résidus de traumatismes anciens jamais complètement résorbés, etc…). C’est un passage obligé : un dysfonctionnement – qu’il soit physique ou psychique – ne peut être réellement régularisé, en profondeur, s’il n’est pas d’abord perçu comme tel par l’organisme.

Durant cette phase d’hypersensibilisation, l’apparition de la douleur, au lieu d’être perçue comme un « mal » inquiétant que l’on va chercher à neutraliser, pourra être considérée comme le signe que l’organisme retrouve sa sensibilité : c’est parce qu’il est de nouveau capable de distinguer ce qui est en ordre de ce qui ne l’est pas qu’il émet ce signal d’alarme. Ainsi prévenu, il mobilise toutes ses capacités pour rectifier l’anomalie.

On découvrira alors le formidable potentiel qui réside en nous, capable de détecter la racine profonde des dysfonctionnements, et de les régulariser en déclenchant les réactions parfaitement adaptées à chaque cas spécifique.

3. évacuation : elle succède, de manière souvent soudaine et imprévisible, à la phase d’hypersensibilisation. On a vu ainsi une douleur vertébrale aigüe qui avait interdit la position allongée plusieurs nuits durant disparaître, et avec elle, l’insensibilité qui s’était installée dans une cuisse depuis quelques mois ; chez une autre personne, l’arrêt du mouvement spontané qui avait imprimé une forte torsion sur le haut de la colonne vertébrale des mois durant a correspondu à la disparition des symptômes d’une fatigue au niveau du cœur qui était perçue depuis plusieurs années ; cette normalisation peut se manifester de la même manière au niveau psychique : ainsi un malaise ressenti face aux autres, parfois depuis des décades, après s’être manifesté plus fort que jamais, peut s’estomper de lui-même, ouvrant la porte à des rapports humains beaucoup plus faciles.

C’est la découverte progressive d’un autre soi-même, libéré peu à peu de problèmes physiques que l’on pensait chroniques ou irréversibles, et de caractéristiques psychologiques jugées jusqu’alors trop ancrées pour pouvoir être modifiées.

Redonner la parole à nos capacités instinctives, les aider à se réactiver, c’est ouvrir la porte à un grand nettoyage de tout notre être.

L’équilibre physique et psychique sera la conséquence naturelle de ce réajustement du terrain. Sans faire aucun exercice d’assouplissement, la souplesse s’améliorera, sans exercice respiratoire, la respiration se placera peu à peu dans le ventre ; dans le même temps, le centre de gravité descendra ; les pieds se réchaufferont, la tête se rafraîchira, signe d’une meilleure répartition de l’énergie dans l’ensemble de l’organisme ; le corps trouvera alors de lui-même la posture et le geste justes ; l’esprit sera mieux à même d’exploiter ses capacités intuitives, et d’évaluer globalement et directement personnes et situations : conscient et inconscient pourront alors œuvrer de concert pour fournir des réponses plus adaptées aux multiples situations de la vie quotidienne.

C’est une voie de dépouillement : se libérer peu à peu des multiples « peaux » qui nous limitent, pour redevenir plus libres et transparents ; ne plus être le seul produit de notre histoire et de notre caractère, et permettre ainsi à une autre intelligence, qui nous dépasse, de s’exprimer à travers nous.

On pourra alors découvrir un autre type de décision et d’action, qui ne seront plus seulement le prolongement d’une pensée, d’une analyse ou d’un raisonnement ; leur jaillissement spontané pourra nous surprendre nous-mêmes, en nous sortant de l’éternelle répétition de nos schémas personnels.

Toute la conduite de notre vie peut en être transformée.

Denis EMONET
Praticien du « mouvement régénérateur »
Auteur du livre « L’intelligence instinctive »
Mars 2010

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