Le transgénérationnel, quand l’histoire familiale agit sur le quotidien

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Il y a près de 20 ans, la psychothérapeute Anne Ancelin Schützenberger disait : «Ce qui ne s’exprime pas en mots s’imprime, et s’exprime alors en maux»(1)

Après des années de travail et d’observations faites lors de psychothérapies, de nombreux thérapeutes savent que les blessures émotionnelles, non-dits, secrets de famille, se transmettent de génération en génération, en se transformant progressivement en «mal-a-dit».

Ce phénomène est mis en avant et utilisé en psychogénéalogie ou thérapie transgénérationnelle, pour amener la personne à remonter à l’origine des schémas répétitifs qui peuvent la bloquer et l’empêcher d’avancer. La mise en lumière de ces transmissions permet d’apaiser des troubles récurrents tels que les angoisses et les difficultés relationnelles.

Quand la science soutient la thérapie transgénérationnelle

Les études en épigénétique(2) réalisées au cours de ces dernières années mettent en évidence les phénomènes de transmissions et expliquent les fonctionnements répétitifs observés depuis longtemps par les thérapeutes et les psychanalystes. La complémentarité de la science et des thérapies permet aujourd’hui d’accompagner au mieux les personnes souhaitant accomplir un travail d’introspection personnelle.
Aujourd’hui on sait qu’un impact émotionnel important (un stress) s’inscrit dans la mémoire corporelle de l’individu et peut se transmettre par un langage autre que verbal sur plusieurs générations, comme le montrent des études sur des abeilles et des souris(3).
Ainsi, des chercheurs ont démontré que des souris soumises à un stress, par exemple un courant électrique envoyé sur une patte associé à une odeur spécifique, transmettaient cette mémoire à leurs petits et aux deux générations suivantes. On observe en effet que les descendants de ces souris expriment un stress important lorsqu’ils sont soumis à une odeur identique en l’absence de tout autre stimulus.
Anne Ancelin Schützenberger, explique dans son livre «Aïe mes aïeux» comment des personnes atteintes d’asthme portaient en elles la mémoire de leurs aïeux, des soldats gazés lors de la première guerre mondiale.
Freud lui-même, à propos du langage non-verbal disait «Ce que la bouche tait s’exprime par les doigts». Il avait pu observer, lors de psychanalyses, que ce qui ne peut être nommé s’exprime quand même à travers le corps, les attitudes … Ainsi peuvent se transmettre des secrets de familles.

Le travail transgénérationnel en thérapie fait appel à la mémoire psychique et corporelle.
«La pensée s’enracine dans l’expérience émotionnelle», écrit W.Bion(4).
Grâce à la construction de son génosociogramme (arbre généalogique spécifique), une personne peut faire des liens entre des traumatismes vécus par sa famille (décès prématurés, maladies, abandon, immigration, guerre) et des problématiques personnelles.
C’est ainsi que l’empreinte de la mort d’un conjoint survenue trop tôt va souvent se manifester dans la descendance par une fréquence élevée de divorces et de séparations(5). On peut d’ailleurs se demander s’il y a un lien entre le nombre de veuves pendant la première guerre mondiale et le nombre de familles monoparentales cent ans plus tard. De la même manière on observe, cent ans après la première guerre mondiale, une augmentation des remariages.

Au fil des séances, le thérapeute propose différentes approches comme mettre en mots les émotions vécues (travail verbal), des expérimentations sollicitant les mémoires corporelles comme un toucher bienveillant (certains types de massages favorisent l’introspection et permettent de faire remonter des mémoires corporelles jusque-là enfouies), ou encore des constellations individuelles afin de mieux observer le positionnement des membres de la famille dans les relations familiales.
L’objectif est d’aider la personne à mettre en évidence les schémas de fonctionnements familiaux, les croyances et les répétitions qui entravent son épanouissement pour lui permettre d’aller vers plus de liberté d’être.

Les scientifiques ont démontré quant à eux, qu’un stress qui se transmet et se retrouve dans le comportement des descendants n’est pas irréversible. >
Grâce au travail effectué auprès d’un thérapeute, des difficultés récurrentes ont des chances d’être allégées, la personne peut retrouver un confort de vie, en mettant du sens et de la conscience sur l’expression de sa problématique.

Maïa Hennebelle,
Thérapie psychocorporelle et psychogénéalogie

Notes
1. A. Ancelin Schützenberger, Psychogénéalogie : Guérir les blessures familiales et se retrouver soi, Éd. Payot et Rivages, 2007
2.  http://bienheureusement.fr/traumatismes-en-heritage-une-approche-par-epigenetique/
3.  Cahier de psychologie clinique n°43, « le transgénérationnel », éd. de Boeck, 2014
4 BION W. R. (1962) : Aux Sources de l’expérience. Presses Universitaires de France, coll. Bibliothèque de psychanalyse, Paris.
5 www.insee.fr/fr/statistiques/2121566

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